Le livre d'Hanna

17/12/2020

A la lecture de la toute dernière page du roman de Géraldine Brooks intitulé "People of the book" (traduit par "Le livre d'Hanna" en français), impressionnée par cette extraordinaire aventure humaine autour d'un livre, je me suis lancé le défi absolu de résumer en une seule image la valse des mains qui l'ont façonné puis transmis à travers le temps...

Car le livre d'Hanna, c'est en fait la Haggadah de Sarajevo, un livre hébraïque de la cérémonie du Seder lors de Pessah (Pâques juive) datant du moyen-âge et classé au patrimoine mondial de l'Unesco...

Dans son roman, l'auteure alterne vérités scientifico-historiques et ajouts fictionnels pour ficeler le parcours de ce livre préservé tour à tour par des mains juives, chrétiennes et musulmanes, bravant interdits et destructions à travers les siècles...

Après quelques recherches iconographiques sur internet, j'ai travaillé un patron sur papier avec la technique du collage d'images à échelle réelle pour organiser une composition qui reflète l'idée de valse de mains, d'un point de vue surréaliste tout en restant ancré dans la réalité...

Ainsi, par exemple la main qui arbore la bague verte au centre est-elle celle d' Andrea Pataki, la véritable restauratrice de la haggadah conformément à l'image de cet article sur le sujet.

La main à droite représente celle du cardinal Vistorini qui sauva l'ouvrage d'un autodafé à Venise en 1609 en le signant de sa main (et que l'auteure a imaginé en juif converti-pratique fréquente à l'époque) que j'ai symbolisé par une position de droitier forcé.

La main noire décorée au henné, est celle de l'esclave musulmane représentée dans l'une des enluminures de la haggadah et imaginée par G.Brooks comme l'artiste les ayant peintes. Sa position forme, avec la main à gauche, une imitation  de celles de la "création d'Adam" de Michel-Ange.

Les décorations latérales sont directement extraites de la haggadah.

Enfin je lui ai apposé un papillon semi-apollon "Parnassius Mnemosyne" (du nom de la déesse de la Mémoire) dont l'auteure, en suprême symbole, a imaginé une aile coincée entre les pages du livre lors de son séjour dans les Alpes pendant la seconde guerre mondiale...

La haggadah étant datée du XIVème siècle espagnol, âge d'or et foyer du cuir repoussé, j'ai voulu par ce biais lui rendre un hommage mérité, elle qui transcendé les croyances et survécu aux pires moments de l'humanité, ainsi qu'à la fiction passionnante qu'elle a inspirée, véritable leçon de culture et d'humanité...

En 2020, ce tableau a été sélectionné pour l'exposition-concours Auvergne-Rhône-Alpes d'Atelier d'Art de France...et s'est vu attribuer les encouragements de la commission artistique du Luxembourg Art Prize...